Les chèvres du Pentagone


The Men Who Stare At Goats

De Grant Heslov
Avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges

Bob Wilton est journaliste. Alors qu'il gamberge au Koweït dans l'attente de pouvoir mettre les pieds en Irak, il fait la connaissance de Lyn Cassady, un soldat doté de pouvoir paranormaux. Bob profite alors de cette rencontre pour accompagner Lyn, et entre dans le pays en conflit. Sur le chemin, Lyn racconte à Bob comment le Pentagone a formé une unité... très spéciale.


Ce film vous rendra chèvre!

Titre atypique pour une histoire qui ne l'est pas moins, ce film est recensé comme une comédie. Pour autant, il ne faut pas s'attendre à de grands éclats de rire. Certes, l'histoire est décalée à souhait et le Pentagone se montre plus militaire et ridicule que jamais. Bel exemple que cette scène où une fois conscient du caractère saugrenu voire charlatanesque de l'unité parapsychologique dirigée par Bill Django (Jeff Bridges), Larry Hooper (Kevin Spacey) déclare: "Les Russes pensent que nous effectuons des recherches sérieuses dans ce domaine. Ils ont donc constitué une équipe de scientifiques qui se penche là-dessus. Conséquence: nous ne pouvons nous permettre de les laisser prendre une éventuelle avance sur nous."

Bref, un arrière-goût d'authentique, mais qui n'arrive pas à rendre le film passionnant. Et ce en dépit d'une introduction des plus prometteuses. L'histoire se transforme en effet en road-movie où l'on ne sait pas très bien où l'on va atterrir. Pour rester positif, je parlerai de demi-réussite, plutôt que de semi-échec. A regarder si vous souhaitez voir une palette d'acteurs à presque contre-emploi, et ne serait-ce que pour la scène où Lyn Cassady (George Clooney) provoque l'arrêt cardiaque d'une chèvre en la fixant dans les yeux.

Un coup de tonnerre


A Sound Of Thunder
De Peter Hyams
Avec Edward Burns, Ben Kingsley, Catherine McCormack

Aujourd'hui, le voyage dans le temps est devenu réalité. L'entreprise Time Safari Inc. propose aux plus nantis d'effectuer un aller et retour à l'époque des dinosaures pour s'offrir un beau trophée de chasse. Une règle essentielle doit être observée: ne rien toucher en dehors du gibier indiqué, sous peine de modifier le passé, et par voie de conséquence, le présent.



Un air de déjà-vu...

Film de 2005 basé sur une nouvelle de Ray Bradbury, ce long métrage (1h40 environ) est un canard boiteux. En lisant le résumé du film, je savais pertinemment que j'allais me retrouver devant un nanard ou une calamité tirée d'un obscur studio. Le DVD ne promet d'ailleurs pas grand-chose: choix du français ou du néerlandais (alors qu'une piste anglaise est heureusement proposée)... et c'est tout. Rarement j'aurai eu l'occasion de voir une édition aussi minimaliste. Mais je préfère cela à une tartinade de "featurettes" commerciales.

En résumé: les effets spéciaux sont maladroits, voir en attente de CGI. Les scènes de dinosaures -LA scène, devrai-je dire- sont quasi-identiques, à croire qu'un stock-shot a été utilisé... mais malgré cela, j'ai eu du plaisir à le regarder. L'histoire n'est pas inintéressante, et il faut probablement voir ce film comme si c'était un long épisode de Twilight Zone. Pour conclure, je dirai que j'ai déjà vu bien pire, même si A Sound Of Thunder n'a rien , mais alors rien du tout d'extraordinaire. Tout au plus, on évite les fautes traditionnelles de ces séries Z (acteurs cabotins, éclairages désastreux, bande sonore pourrie).

Prince of Persia - Les sables du temps


Prince Of Persia: The Sands Of Time
De Mike Newell
Avec Jake Gyllehaal, Gemma Arterton, Ben Kingsley

Prince d'adoption, Dastan est contraint de s'enfuir aux côtés de la princesse Tamina dont il vient de contribuer à faire tomber le royaume, alors qu'il est accusé d'avoir causé la mort de son père adoptif. Il va alors faire la découverte du mystère des sables du temps.



-Perrin, qu'est-ce que vous faites? -Je m'enfonce. La Chèvre

Cette mini-citation tirée du chef d'oeuvre de Francis Veber résume somme tout assez bien le film. Soyons honnêtes: Prince Of Persia n'est pas mauvais... il ressemble plus à un sous-Pirates Of The Caribbean. Ce qui est un comble si l'on considère que celui-ci se basait sur une attraction, alors que PoP se base sur une série de jeux vidéo, donc un produit qui bénéficie déjà d'un solide univers.

Et pourtant, ça sonne un peu vide. On ne s'ennuie pas forcément (bien que j'aie eu de la peine à rester éveillé) et les effets sont plutôt jolis. Mais voilà, ça manque cruellement de dynamique et le duo Dastan/Tamina fait déjà maintes et maintes fois revu...

Au final, cela ne restera pas un moment inoubliable de cinéma, et je ne suis pas certain qu'une suite soit vraiment intéressante (quoi que l'introduction du Dahaka, le démon du second chapitre de la seconde trilogie, pourrait être un élément intéressant). A voir donc, mais pas du tout indispensable.

Hatchi


Hachiko: A Dog's Story
De Lasse Hallström
Avec Richard Gere, Joan Allen, Sarah Roemer, Erick Avari, Jason Alexander

Parker Wilson, professeur de musique, tombe un jour nez à truffe avec un chiot Akita qui semble perdu. Une forte relation va s'établir entre le chien et l'homme qui devient ainsi son maître. Hatchi accompagne Parker au train tous les matins. Le soir venu, il retourne à la gare et attend sagement son retour. Un jour pourtant, Parker meurt d'une attaque cardiaque et ne rentre pas. Hatchi va attendre neuf ans durant, avant de pouvoir rejoindre son maître.



Dis, pourquoi t'as les yeux qui brillent?

Les films mettant en scène des animaux sont très souvent soit crétins, soit trop cul-cul-la-praline pour nous les adultes qui avons oublié ce qu'est l'innocence. C'est par conséquent, il s'agit d'un genre très casse-gueule et les mauvais produis sont légions. Hatchi, s'en tire extrêmement bien grâce à la sobriété choisie par Lasse Hallström.

Pas d'effets spéciaux visant à faire parler le chien, pas ou peu de mimiques "forcées", une utilisation judicieuse du non-dit ou du non-verbal et, ma fois, un choix d'acteurs de qualité... tout cela contribue à laisser la place à l'émotionnel. C'est certain: si vous n'aimez pas les chiens, il est inutile de regarder ce film, car il ne vous parlera probablement pas.

Personnellement, j'ai chialé comme une madeleine à la fin, tellement que s'en est beau! Oui, moi qui rigole devant Inglorious Bastards, qui ait avalé des Saw, des Hostel et autres A Nightmare On Elm Street... j'ai craqué à la fin.

Un jour, je me suis fendu d'un commentaire sur Facebook qui disait: "La truffe qui vaut le plus au monde, c'est celle d'un chien qui vous aime sans concession." Ben voilà. Hatchi aimait sans concession Parker. Du coup, ne le voyant pas revenir un jour, il a refusé de vivre ailleurs, en dépit du confort et de l'amour qui lui étaient offerts, pour rester là où son maître devait tôt ou tard venir le chercher.

Franchement, Monsieur Hallström, merci! Merci d'avoir pu montrer qu'il est encore possible de transmettre des émotions au travers d'une pellicule (ou d'un DVD, celui-ci ayant pris le relais) sans pour autant avoir recours à des effets spéciaux démesurés, ou sans orchestre symphonique, ni même mise en scène au pathos dégoulinant. Merci!



Dans le coup


In The Loop
De Armando Iannucci
Avec James Gandolfini, Peter Capaldi, Steve Coogan, Chris Addison, Anna Chlumsky

Alors que l'invasion d'Irak se prépare, Simon Foster, Secrétaire d'Etat britannique, fait une déclaration maladroite qui va semer le trouble dans les relations entre les gouvernements de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, alors qu'un vote important se prépare à l'ONU.



"Passe-moi mon diplôme... je vais m'assoir... Pourquoi? Pour te parler avec diplôme assis" F. Pérusse

Les Anglais sont connus pour avoir un humour caustique. Ce n'est pas In The Loop qui va démentir la rumeur. Cette jolie découverte totalement survoltée est un joli pied-de-nez à cet univers qu'est la diplomatie. Surtout quand elle est engluée dans le domaine de la politique internationale.

Renseignements pris, ce téléfilm serait le spin-off d'une série télévisée du même auteur, diffusée sur la BBC, et intitulée The Thick Of It. Peu importe au final, le film se suffit à lui-même et tient la route.

Ce qui a d'impressionnant dans la réalisation de cette histoire, c'est que l'on a le sentiment de nager en pleine hystérie collective. Les personnages sont survoltés, et les insultes et autres grossièretés (qui contrastent fortement avec le milieu élevé de la diplomatie internationale) fusent à tout va. Pas le temps de vraiment s'ennuyer, car on est sans cesse surpris par la tournure des événements.

Les ficelles humoristiques sont nombreuses avec le contraste déjà mentionné entre langage de charretier et monde des hautes sphères de la politique, les situations "Mr Beanesques", l'utilisation d'ellipses qui  disent tout en ne disant rien. Bref, de quoi passer un bon moment en se disant que l'on est bien là où l'on est que pour rien au monde on ne prendrait leur place. Et pour clore le film en beauté, l'histoire se termine de manière artistique sur un fondu en fermeture du son, comme pour montrer que si le chapitre est clos, le monde continue de tourner.

Un film à découvrir, mais à regarder en V. O. (même si la V. F. semble plutôt bonne). Et surtout, n'hésitez pas à activer les sous-titres, parce que ça fuse réellement!

La zone verte


Green Zone

De Paul Greengrass
Avec Matt Damon, Amy Ryan, Greg Kinnear

Bagdad, 2003. Les soldats américains sont à la recherche des armes de destructions massives de Saddam Hussein, prétexte ayant justifié l'invasion. Mais sur le terrain, le sergent-chef Roy Miller commence à s'interroger sur la fiabilité des renseignements obtenus. En effet, chaque intervention se révèle infructueuse. Un complot va alors progressivement mis au grand jour.



C'est green comment? Super green! R. Rodd, animateur TV du futur

Voilà une bonne découverte pour laquelle je n'avais aucun, mais alors aucun de chez aucun, a priori. L'histoire n'est pas une révélation car elle porte sur un sujet que nous, les méchants et ingrats Européens, connaissons déjà, au contraire des gentils et pauvres Américains (enfin, citoyens des Etats-Unis uniquement). Donc pas de twist spécial, mais un sujet solide, abordé avec un sérieux qui ne tombe pas trop dans l'excès. A certains égards, j'ai repensé au film The Hurt Locker (Démineurs) de Kathryn Bigelow.

Au niveau filmique, la fameuse caméra sur l'épaule ne gâche rien, puisqu'il s'agit d'interventions sur le terrain, comme s'il on y était. Dans tous les cas, ce n'est pas un élément qui m'a frappé, ni dérangé. Les acteurs s'en tirent plus qu'honorablement avec un Matt Damon intéressant en patriote qui se met à douter... mais pour de bonnes raisons (et non pas simplement pour défier sa hiérarchie ou parce que cela ne correspond pas à son code d'honneur).

L'histoire ne prend donc pas côté trop politique, et cela lui évite d'être pris pour un pamphlet post-guerre (après tout, 2003 c'est vieux déjà). Moralité: un bon film relativement prenant, avec sa petite dose d'adrénaline, parce qu'on sait qu'il y a des systèmes dans lesquels "toute initiative sera sévèrement réprimandée".





Le choc des titans
















Clash Of The Titans                  

De Desmond Davis (1981)             Louis Leterrier (2010)
Avec Laurence Olivier,            Sam Worthington, Tyrese Gibson,
Harry Hamlin, Maggie          Ralph Fiennes, Liam Neeson (1981);
Smith (1981);

Persée, fils de Zeus et d'une reine mortelle, devient le jouet des dieux lorsque ceux-ci se chamaillent. Il devra par ailleurs sauver la princesse Andromède d'un sacrifice. Sa ville, Joppa, a en effet trente jours pour l'offrir au Kraken, sans quoi le titan sèmera la destruction.
Titan va la cruche à l'eau...

Et voilà... après des mois de silence, les critiques reprennent en débutant par un double avis. Non, je n'ai pas partagé mon opinion avec une ou un autre rédacteur. J'ai tout simplement profité d'une vision de la version 2010 du Clash Of The Titans pour revoir celle de 1981 avant de crier au scandale. Ce que Mark fait d'ailleurs très bien sur Stekhouse... voyez sa critique par ici. 

Le film de 2010 est-il un saccage? Celui de 1981 est-il encore regardable? Commençons par un constat: il n'y a pas de gagnant dans la comparaison. Il faudrait un mélange des deux pour faire quelque chose de bon. Je vais commencer si vous le voulez bien (c'est une question rhétorique, je ne vous laisse pas vraiment le choix) par l'opus de Leterrier (donc, 2010).

Honnêtement, le film n'est pas le naufrage que j'attendais. Non, ce n'est pas pire non plus. Disons que la seule bonne idée, à mon sens, est d'avoir utilisé le thème de l'athéisme naissant pour en faire le fil rouge de la "petite" histoire (car le scénario tient presque sur un ticket de métro). Le thème est relativement d'actualité et se retrouve dans notre société actuelle. Cependant, j'ai de forts doutes sur le rôle de Leterrier dans ce qui constitue la partie scénaristique. J'ai plus le sentiment qu'il n'a eu, en bon étranger à Hollywood, qu'à filmer, point à la ligne. Et disons que sur ce point, ce n'est pas son meilleur film.

Le reste du film est un mélange de n'importe quoi. Les Djinns (mais que viennent-ils faire dans la Grèce antique), les scorpions géants sortis d'on ne sait où, Hadès et le Kraken (je croyais que c'était Poséidon qui gérait le Kraken)... Bref, tout ça, on s'en tamponne et ça sonne creux. Les acteurs sont plats (désolé Sam, mais dans un an on aura déjà oublié qui jouait Persée dans le remake de Leterrier). Tous sont fades à tel point que je n'avais même pas remarqué Ralph Fiennes... Et le plus gros problème dans tout ça, c'est que les effets spéciaux ne sont pas féroces. C'est juste au-dessus d'un téléfilm RTL9 ou d'une série Z. Et la mode de la 3D me fatigue... ça ne fait pas un film, bon sang! Les plans du type "grand huit" dans les tentacules du Kraken n'apportent rien en 2D, si ce n'est un ennui... titanesque.

Passons à la version de 1981. Pas d'Hadès en vue (dans la mythologie, le frère floué de Zeus n'est pas le bienvenu aux séances de l'Olympe), mais plutôt une querelle entre Zeus et sa belle-soeur, Thétis, au sujet d'un enfant illégitime du premier, favorisé par rapport à celui de la seconde. Alors autant l'acteur Harry Hamlin a une tête-à-claque (presque caricaturale, à tel point que je me demande si ce n'est pas fait exprès), autant les autres sont de grands acteurs (Laurence Olivier est très crédible en Zeus, tântôt endossant le rôle de juge impartial, mais tantôt un peu tricheur sur les bords. Maggie Smith -M depuis Goldeneye et Minerva McGonagall dans Harry Potter- en Thétis). Parfois, on assiste à du jeu un peu grandiloquent, mais dans l'ensemble cela tient la route. Le seul vrai problème du film de 1981, et je dis ça en admirateur des effets "historiques" de Ray Harryhausen, c'est que cela a très mal vieilli. Tout au plus, c'est une pièce d'histoire du cinéma que l'on peut regarder... mais en sachant que deux ans auparavant, Georges Lucas pondait Star Wars avec trois pincettes et deux cintres... Non, plus sérieusement, le film accuse son âge -qu'il n'a pas vraiment. On se croirait plus dans ces films horreur/science-fiction des années 1950 et 1960.

Cependant, l'histoire a une meilleure cohérence (l'origine des scorpions géant, Calibos - le fils de Thétis puni par Zeus, Pégase, même le Kraken). Bref, vous l'aurez compris, mon coeur balance plus du côté du premier que du second, même si ce n'est pas la panacée.

Dans les deux cas, il s'agit de films à voir si vous êtes curieux. Mais ne voir que celui de 2010 est presque une perte de temps, tant il est tiraillé entre quelque chose qui aurait pu être bon et des impératifs commerciaux. Quant à voir le premier, si vous ne crochez pas pour les vieilleries... vous n'apprécierez pas non plus. D'oû ma question: pourquoi avoir tenu à faire ce remake quand la mythologie à encore tant à offrir (L'Odyssée, le Minotaure, etc...)