Le sang des héros


Salute of the Jugger

De David Peoples
Avec Rutger Hauer, Joan Chen, Vincent Philip D'Onofrio, Anna Katarina


Dans un futur apocalyptique, un groupe de Juggers erre de camp en camp ou de ville en ville, affrontant des équipes pour la gloire. Mais un jour, une jeune femme rejoint l'équipe, avec l'envie de se faire remarquer par la Ligue, une prestigieuse formation située dans une ville souterraine où vivent les membres d'une haute société.



Rutger aime balle - avoine

Faire un résumé de ce film n'est pas facile, car au final, on ne sait que très peu sur les personnages, sur le jeu en lui-même (je ne crois pas qu'il y ait un nom mentionné), ni même sur ce qu'il reste de cette bonne vieille Terre. Tout au plus, un insert nous apprend que «plus personne ne se rappelle de l'opulence du XXe siècle, ni des terribles guerres qui suivirent, ni même depuis quand le jeu se fait avec un crâne de chien». So much for the background...

Salute of the Jugger est un croisement entre Mad Max (George Miller, 1979), Rollerball (Norman Jewison, 1975) et une sorte de désert de Tatouine du pauvre (cf. la saga Star Wars). Les matchs sont assez bien rendus, mais très vite, le jeu créé montre ses limites avec un certain aspect répétitif. La violence... bah, elle est d'époque. Comprenez par là que l'on parle tout de même de casser les jambes et/ou de crever les yeux. Mais le film reste visuellement discret là-dessus...

A voir par curiosité, mais ce film n'aura pas l'aura d'un Rollerball (la version de 1975, pas celle de 2002), même s'il fait parfois rêver à une version «live» de Blood Ball (jeu de rôle et de plateau de Games Workshop où des orques, trolls, nains, elfes et autres lycanthropes s'adonnent à une sorte de football américain).

La course à la mort













Death Race 2000                   Death Race

De Paul Bartel (1975)             Paul W. S. Anderson (2008)
Avec David Carradine,           Jason Statham, Tyrese Gibson,
Silvester Stallone, Mary          Joan Allen (2008)
Woronov (1975)

Un circuit, des voitures de course et des piétons constituent l'essentiel d'une joute de gladiateurs modernes nommée Course à la Mort.
Vroum, quand votre moteur fait vroum!

Deux films, un seul texte... mais pourquoi? Parce que Death Race se veut le remake de Death Race 2000. Oui, mais ce n'est pas tout à fait le cas... Je m'explique: ce que Death Race a pris à son prédécesseur, c'est le thème d'une course -si possible un brin futuriste-, violente, où seul le «no limit» règne. Jusqu'ici tout va bien. Là où le bât blesse, c'est que le premier film (sorti en 1975, je le rappelle) avait bien plus à dire et était bien plus violent que celui de 2008.

Pour autant, je n'insinue pas qu'un film est bon lorsqu'il est plus violent! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit. Regardons d'un peu plus près ces faux-jumeaux. Premier changement notable: le cadre. Tandis que le premier opus se déroule sur les routes des États-Unis, avec des piétons plus ou moins consentants, le second se déroule dans un pénitencier planté sur une presqu'île. Du coup, exit le coup des piétons qui rapportent des points. Exit également la scène d'euthanasie des personnes âgées laissées au milieu de la route.

On oublie également l'esprit de révolte qui gronde contre un gouvernement américain -délocalisé en Chine!!!-  qui donne des jeux à sa population afin de l'endormir (panem et circenses, disait l'autre). Enfin, les personnages sont plus lisses dans la version moderne. Le regretté David Carradine apportait un jeu intéressant au personnage de Frankenstein et Sylvester Stallone était hilarant en petit truand colérique. Jason Statham n'est que l'ombre d'un personnage. Gentil enfermé malgré lui et entraîné de force dans la course, il n'en sort que plus incolore.

Seul l'aspect de jeu vidéo donne à la version moderne un léger intérêt. Ceci dit, il ne s'agit pas d'un mauvais film, juste d'un divertissement assez creux et sans réelle surprise. Toutefois, la facture graphique est très correcte. Encore une fois, on constate que c'est dans les vieilles casseroles...


Antichrist


Antichrist

De Lars von Trier
Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe

Suite à la mort accidentelle de leur enfant, un couple doit traverser l'épreuve du deuil.





Au secours, Satan m'habite...

Voilà un film qui aura su faire couler de l'encre. Décrié, méprisé, conspué par une ribambelle de journalistes et critiques bien-pensants, c'est pourtant bien un vrai film. Je vais essayer d'en parler sans pour autant tomber dans le piège inverse, soit louer le film à outrance en espérant ainsi passer pour un intellectuel élitiste.

Le squelette. La structure du film se fait en chapitres. Prologue, chapitres 1 à 4 et épilogue. Le rapprochement est peut-être trop facile, mais on n'est pas loin de la construction classique d'un drame en cinq actes. L'autre élément frappant, c'est qu'à l'exception de deux scènes, les seuls acteurs sont Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg (trois si l'on compte l'enfant). L'introduction de chaque nouveau chapitre, de même que le titre et le générique de fin se font via des inserts, un peu comme pour les films muets. Le tout accompagné d'une musique étouffante et très «lourde».

L'affreuse beauté. Le prologue et l'épilogue se déroulent en noir/blanc dans un ralenti quasi-onirique (ou cauchemardesque, c'est selon). Personnellement, j'appellerai cela les visions de l'esprit ou de la mémoire. Dans le prologue, l'accident nous est raconté: alors que le couple est en plein coït (attention: l'imagerie est crue et les organes sexuels visibles). C'est ce qui déclenchera tout le processus des chapitres suivants. La force de ce film aux images définitivement choc, c'est de mêler mythologie de l'auteur (les trois mendiants seraient une invention de Lars von Trier?), photographie parfois à la limite de l'imagerie d'Épinal, et une part de réalisme qui ne peut que parler au spectateur, dans la mesure où les deux parcours (celui de Charlotte Gainsbourg et celui de Willem Dafoe) sont totalement crédibles, bien que extrêmes.

Le fantastique. En dehors de son titre pouvant faire penser à La Malédiction de Richard Donner (The Omen, 1976), le film comporte une aura fantastique qui n'est pas sans rappeler des films comme Rosemary's Baby (1968) de Roman Polanski ou encore L'Exorciste de William Friedkin (The Exorcist, 1974). Pourtant les éléments «surnaturels» sont peu nombreux: le renard qui parle avec sa réplique «Chaos reigns!», les animaux représentant les trois mendiants et le corbeau, les corps «perdus» dans la nature. Deux autres éléments appartenant davantage au genre «horreur» s'ajoutent à la recette avec la scène de la meule, où l'on s'approche d'un Saw de James Wan (2004) ou d'un Hostel d'Eli Roth (2005), et l'auto excision du personnage de Charlotte Gainsbourg.

Ce dernier point me conduit à aborder le côté choquant du film. Est-ce que Lars von Trier a voulu choquer gratuitement? Sincèrement, je ne crois pas. Alors oui, je dois avouer que j'ai été très surpris de certaines scènes (gros plan sur le coït, la masturbation de Charlotte, l'éjaculation sanglante de Willem Dafoe, la meule...), mais dans une certaine manière, cela reste cohérent. Le film parle véritablement d'une descente aux enfers d'un couple, où l'un comme l'autre chutent dans la folie.

Quant à l'accusation de misogynie formulée à l'encontre de Lars von Trier, ce sont clairement des critiques qui n'ont pas regardé le film. Personne n'a le beau rôle dans cette histoire et Willem Dafoe est encore plus détestable, plus lâche, quand il se réfugie dans son rôle de thérapeute. Au final, il ne fait montre de ses sentiments que lors du convoi funèbre dans le premier chapitre. A l'instar de l'information, trop de raison tue la raison.

En conclusion, c'est un film qui a déjà fait naître le débat. Comme cela a déjà été dit par d'autres, il vaut la peine d'être défendu et d'être vu. Cependant, il faut aussi reconnaître que ce n'est pas un film tout public, car il requiert une ouverture d'esprit, une sensibilité et une capacité de réflexion... Cela faisait quelques temps déjà que je n'avais pas eu l'impression d'avoir assisté à un film où il y avait beaucoup plus que des images et du son...

Ennemis publics


Public Ennemies


De Michael Mann
Avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard

Splendeur et décadence de John Dillinger, l'un des derniers grands bandits des États-Unis.



Incorruptible c'est bien, deux c'est trop.

Électrocardiogramme plat, on a perdu le patient... et Michael Mann perd le spectateur. Que voilà un film mou et vide. Ce qui est surprenant, c'est que le casting complet - à deux exceptions près - semble frappé par ce néant. Si l'on raillait Nicolas Cage en l'appelant «l'homme au un visage», Christian Bale pourra sans autre endosser le rôle d'un nouveau super-héros: «void man». Marion Cottillard est tellement fade qu'elle peut sans problèmes être remplacée par une autre. Quant aux autres acteurs, ils sont touchés par une froideur involontaire qui n'a d'égale que l'esthétique du film

Personnellement, j'ai eu tout d'abord un certain plaisir à constater que le film démarre avec un ton et une image qui s'approche du documentaire. Pour une fois, les sons de fusillades semblent beaucoup plus réalistes. C'est bien simple: j'ai eu l'impression de me trouver non loin d'un stand de tir! Hélas, très vite on remarque des éléments qui viennent ternir le film. A l'instar de cet otage que Dillinger tient en bouclier: alors que le brigand tire avec sa mitrailleuse par-dessus l'épaule de l'otage, ce dernier ne semble en rien incommodé par le bruit...

Et si l'on en croit le site de The Internet Movie Database (Imdb pour les intimes), les anachronismes, mauvais raccords et autres erreurs sont légions!

Mais le plus frustrant, et je sais que je ne suis pas le seul à partager ce point de vue, c'est que le film ne fait qu'effleurer de nombreuses questions soulevées: que penser des méthodes préconisées par J. Edgar Hoover pour le FBI? Surtout si l'on met cela en parallèle à la récente polémique sur les méthodes de travail de la CIA... Et pourquoi le personnage de Purvis (Christian Bale) est-il si plat? Quid de ses interrogations? La petite phrase sur son suicide près de 30 ans après sa démission n'a aucun sens réel... (démission en 1934 et mort en 1960!!!). Et que penser de l'arrivée du crime organisé face au grand banditisme, ce qui forcera la police à revoir sa façon de travailler?

Le seul personnage qui tire son épingle du jeu est, et c'est un constat sans surprise, John Dillinger (Johnny Depp) qui bénéficie d'une scène extraordinaire et presque surréaliste (la visite au commissariat de Chicago), et d'une certaine forme de mise en abîme avec le film «Mahattan Melodrama» (Woodbrige Strong Van Dyke II, 1934) avec un Clark Gable qui joue le même rôle d'ennemi public numéro 1. Sinon, quel dommage et quel ratage!

On passe au final à côté de ce qui aurait pu être une grande histoire pour se retrouver avec un patchwork hétéroclite de faits plus ou moins historiques. Pour terminer sur un point positif, on appréciera le fait que pour une fois, il est impossible de sympathiser pour l'un ou l'autre des héros de l'histoire. Purvis est tellement vide et plat qu'il n'est pas sympathique, et Dillinger est bien trop insouciant pour que l'on s'imagine un instant qu'il s'en sorte indemne.

L'âge de glace 3: le temps des dinosaures


Ice Age 3: Dawn of the Dinosaurs

De Carlos Saldanha
Avec (vf) Gérard Lanvin, Vincent Cassel, Elie Semoun, Christophe Dechavanne


Voici à nouveau nos trois compères, Manny le mammouth, Diego le tigre aux dents de sabre et Sid le paresseux. Les temps ont changés et Manny s'apprête à fonder une famille avec Ellie qui est enceinte. Mais une maladresse de Sid va propulser nos amis dans un monde souterrain où vivent les dinosaures.




Un film qui jette un froid?

Troisième opus de la série, ce volet n'est pourtant à mon goût pas aussi merveilleux que les critiques ont bien voulu le montrer. Une histoire un peu trop simpliste (pour ne pas dire simplette), des clichés en veux-tu en voilà sur les futurs pères et les futures mères, l'arrivée d'un enfant dans un cercle d'amis... Seul le personnage de Crash me paraît vraiment intéressant dans cette jungle.

Les gags mettant en scène Scrat et Scratina sont, comment dire, quelque peu irritants au bout du troisième. Cela ressemble presque à du déchet qui n'avait pas pu être inséré dans les précédents. Seule exception: la chanson du Gland adressée à Scrat. Quant au reste, c'est bien, mais rien de bien nouveau sous la banquise. La licence arriverait-elle à bout de souffle?


A noter que Stek et Mark, deux auteurs du blog Stekhouse, ont une vision différente. Pour lire leurs critiques respectives, c'est par ici.

N.B.: je n'ai pas (encore) vu le film en version 3D... Mais a priori, je ne vois pas vraiment l'intérêt...

Harry Potter et le prince de sang-mêlé



Harry Potter and the Half-Blood Prince

De David Yates
Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Michael Gambon

Sixième année à Poudelard pour Harry Potter et ses amis. Mais rien ne sera plus comme avant, car les Mangemorts sont de plus en plus actifs. Harry aura à découvrir le secret de Tom Jedusor tout en découvrant peu à peu l'amour.



Harry, dis-moi oui, chéri...

Incendié par les critiques de la presse quotidienne (moyenne oscillant entre 2/4 pour ceux qui ont aimé et le plus mauvais pour les autres, ce film est pourtant l'adaptation la plus correcte qu'il m'ait été donné de voir. Certes, il manque toujours de la matière par rapport au livre, mais dans l'ensemble, on sent que l'on se trouve dans une période de transition (à tous les niveaux) qui va mener à l'opus final (qui à l'écran devrait être divisé en deux films).
Les effets spéciaux, l'esthétique filmique, mais également les acteurs s'en sortent très bien. Alors bien sûr, l'histoire semble traîner en longueur. Mais n'oublions pas que c'est un livre qui est adapté. Les découvertes du passé de Tom Jedusor sont très bien mises en scène avec cet effet de brouillard. C'est le livre qui m'avait réconcilié avec la série après un cinquième frustrant et rempli d'un mal être que j'avais partagé avec le personnage d'Harry.

Une mention pour Alan Rickman que j'adore vraiment et pour Helena Bonham Carter (Madame Tim Burton), qui est vraiment parfaite dans le rôle de Béatrix Lestrange.

Seul reproche: si vous connaissez l'histoire parce que vous avez déjà lu le livre, vous perdez une partie du charme. Mais bon, si l'on aime la série, cela ne devrait pas tellement poser de problèmes...

Bon Cop, Bad Cop



Bon Cop, Bad Cop

De Eric Canuel
Avec Patrick Huard, Colm Feore, Lucie Laurier, Sylvain Marcel

Un cadavre découvert «à cheval» sur la frontière entre les provinces de l’Ontario et du Québec va conduire deux policiers à collaborer afin de montrer l’unité de la police canadienne.




Si les poules pondaient des haches, elles se fendraient le cul (proverbe québécois).

Voilà une découverte comme je les apprécie. Autant le dire tout de suite: si vous êtes réfractaires au Québec, à son accent (qui n’existe pas, soit dit en passant) ou à sa culture (le hockey), passez votre chemin! Sinon, foncez!

Techniquement, on assiste à un buddy-movie du type de la série des Lethal Weapon (L’arme fatale, pour les anglophobes) où deux policiers aux méthodes différentes (l’un très «british» et service-service, et l’autre «franchouillard» et très impulsif) doivent collaborer. On retrouve un peu la rivalité franco-anglaise au travers de l’histoire. Sauf qu’ici, le francophone exploite presque autant de mots d’anglais que son compatriote. On assiste donc à un humour de deux mâles dominants confrontés à un sérieux problème de tueur en série… le tout sur fond de hockey!

Probablement que mon affection toute particulière pour la Belle Province aura biaisé ma vision du film. Néanmoins, je dois avouer que les acteurs, certains bien peu connus sous nos latitudes, jouent juste, dosant de manière très appréciable l’humour potache et le sérieux requis par certaines situations. Colm Feore (David Ward dans le film) est un habitué des «petits rôles» dans les «grandes productions»  comme Iron Eagle 2 (Sydney J. Furie, 1988), Face/Off (John Woo, 1997), City of Angels (Brad Silberling, 1998), Pearl Harbor (Michael Bay, 2001), The Sum of All Fears (Phil Alden Robinson, 2002), Chicago (Rob Marshall, 2002), Paycheck (John Woo, 2003), ou encore The Chronicles of Riddick (David Twohy, 2004). Quant à Sarah-Jeanne Labrosse, elle a joué un rôle dans Eastern Promises (David Cronenberg, 2007). Quoi de plus normal: c’est un réalisateur canadien!

La force de ce film, et ce qui m’a par-dessus tout séduit, c’est d’avoir un humour politiquement incorrect puisque le «racisme» Québec-Ontario est très bien illustré, sans pour autant tomber dans la comédie «ben épaisse» et sans non plus avoir un air de Québec illustré uniquement par des «colusse» ou des «tabarnacles» à toutes les phrases. A noter que parfois, les répliques de Martin Bouchard (Patrick Huard, le flic québécois) sont tout aussi incompréhensibles pour David Ward (Colm Feore, le flic de l’Ontario) qu'elles ne le sont pour nous.