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Horns




Réalisateur: Alexandre Aja

Avec: Daniel Radcliffe, Juno Temple, James Remar, Kelli Garner, David Morse



  

Ca parle de quoi ?
Un jeune homme fou amoureux se fait plaquer par celle qu’il aime depuis qu’il est enfant. Le lendemain de la rupture, on la retrouve morte. Immédiatement, il est soupçonné de l’avoir tuée. Tout à coup, il se voit pousser des cornes qui ont un effet de sérum de vérité sur tous ses interlocuteurs. Il va alors mener l’enquête pour trouver le véritable coupable.

Et ça vaut quoi ?
Harry Potter a pris un sacré coup de vieux –même s’il reste jeune, qu’on se rassure- et s’en sort plutôt bien dans le rôle du jeune romantique autour de qui tout semble s’écrouler. On nage un peu dans un film qui mêlerait des allures de Mystic River (Clint Eastwood) avec une sorte de clin d’œil discret à une histoire comme celle de The Crow (Alex Proyas) avec une vengeance qui semble presque venir d'outre-tombe.
J’ai bien aimé ce côté sale et poisseux dans lequel on plonge dès l’arrivée des cornes. Poussés à  dire la vérité, les interlocuteurs d’Ig (Daniel Radcliffe) avouent parfois des choses bien crues et salaces. Attention donc, bien que relativement banales aujourd'hui, le film contient quelques scènes à ne pas mettre devant tous les yeux.

Et donc ?
J’ai bien aimé ce film et je pense que d’ici quelques temps, je le reverrai non sans un certain plaisir. Alexandra Aja m’avait déjà séduit avec son remake de la Colline a des yeux ou Mirrors (bien que moins inspiré). Il s’en sort ici très bien avec un film proprement réalisé et des acteurs qui, à mon goût, jouent juste.

Cheval de guerre


War Horse

De Steven Spielberg
Avec Jeremy Irvine, Emily Watson, Peter Mullan, David Thewlis

Albert Narracott assiste à la naissance d'un pur-sang anglais qu'il surnomme Joey. Alors que le père d'Albert achète Joey sur un coup de tête, mettant en péril toute sa famille, Albert se lie fortement à Joey. Il ne sait alors pas encore qu'un lien exceptionnel va se lier entre eux et leur permettra de traverser l'horreur de la Grande Guerre.



Tendre comme un morceau de chocolat Poulain?

Après s'être attaqué à Tintin, Steven Spielberg revient hanter le grand écran avec un film plutôt surprenant. Edité par Disney, War Horse fait pourtant preuve d'une maturité dans son traitement et d'une plastique particulièrement remarquable. Qu'en est-il du film?

Du visuel

C'est sans aucun doute l'élément fort de ce film. Les plans sont splendides avec une photographie extraordinaire. Si l'on omet la scène finale où le filtre est à mon goût beaucoup trop prononcé pour être honnête (voyez l'affiche du film), les ambiances sont splendides. Que ce soit les terres de la ferme de Narracott, les champs de blés ou le front, l'image est véritablement soignée et elle renforce le récit. Outre le paysage, la mise en scène est également très travaillée avec une certaine retenue, tout en gardant le côté dur de la période historique. A titre d'exemple: deux jeunes frères vont être exécutés pour avoir tenté de déserter (le premier a entraîné le second pour lui sauver la vie). La scène est filmée en plongée avec les pales d'un moulin qui traversent l'écran. Les fusils font feu lorsque la pale cache les deux jeunes. Simple, mais efficace.

Du charnel

L'histoire est très bien menée, c'est un fait. Tout dans l'affiche (la disposition et le titre) indique que l'on va nous conter l'histoire d'un cheval. Et c'est ce que fait le film. Les personnages humains sont secondaires en ce sens qu'on ne les suit que lorsqu'ils sont à proximité du cheval. Pour autant, il ne s'agit pas d'un film avec un cheval qui parle ou dont les pensées nous sont expliquées en voix off. Les humains gardent leur ascendant sur le cheval durant tout le film.

Cela a pour effet d'avoir des approches différentes. Certains tombent sous le charme de Joey et souhaitent le protéger. Mais la plupart du film se déroule pendant la guerre, et la période ne se prête pas véritablement aux sentiments. Qui plus est pour un animal! Le plus fort, c'est que pour une bonne partie du film, Albert Narracott n'est pas présent. Il ne s'agit donc pas d'une poursuite avec de nombreux rendez-vous manqués. Joey vit sa vie durant la guerre, sans qu'Albert soit là.

Beaucoup d'acteurs sont des personnes peu connues, mais tous sont crédibles, même s'il est parfois surprenant d'avoir des Allemands qui parlent l'anglais entre eux. Peut-être que sur ce point, Steven Spielberg aurait pu faire un effort. Quant au cheval - enfin, plutôt aux chevaux, puisque huit auraient "tenu" le rôle de Joey adulte, quatre en jeune cheval et deux à l'état de poulain -, le jeu est très bien rendu et pour une fois, on évite l'écueil de l'anthropomorphisme. Cité dans le magazine Empire, Steven Spielberg confesse: "Lorsque je travaille sur un film avec Indy, je regarde Indiana Jones, pas le cheval qu'il chevauche... Soudainement, je me retrouve face au défi de faire un film où non seulement j'aurais à regarder le cheval, mais je devrais également convaincre les spectateurs de le regarder avec moi. J'ai dû faire attention à ce qu'il faisait et à comprendre ses sentiments. C'était une toute nouvelle expérience pour moi."

Du résultat

J'ai eu du mal à me motiver au départ (je ne voyais pas bien comment cela allait pouvoir être passionnant sur plus de deux heures. Pourtant, dès que j'ai remarqué la manière dont le fil conducteur allait être respecté (on ne suit que le cheval) sans tomber dans les travers habituels (animal qui parle, anthropomorphisme), alors j'ai été séduit. Et l'esthétique est tellement belle qu'on pourrait volontiers mettre le film en pause et contempler les scènes et décors.

De plus, le film a indéniablement une touche "rétro" dans sa manière de présenter les scènes. Certains moments, les charges notamment, m'ont rappelé les scènes à cheval de Birth of a Nation (1915, D. W. Griffith). Steven Spielberg lui-même admet que son film adopte un style de narration désuet. Mais cela permet de renforcer le lien avec l'époque décrite, sans pour autant tomber dans la fresque historique. A présent, la force du film, à savoir rester centré sur le cheval, est également sa faiblesse: les scènes où l'on retrouve Albert -sans Joey- perdent un peu d'intérêt. Mais les retrouvailles sont très poignantes.


Post scriptum

Comme de coutume avec Steven Spielberg, il est difficile de crier au génie. Certaines ficelles sont grosses, et il ressort souvent de ses films une certaine naïveté. Mais il est également difficile de lui jeter la pierre, surtout lorsqu'il livre un exercice comme celui-ci. Non seulement il a su s'affranchir du dangereux carcan mielleux de Disney, livrant ici un film avec des moments d'une grande intensité dramatique, mais en plus, il a un regard bien à lui. Pas vraiment contemplatif, mais pas hyperactif non plus. Après, il ne tient qu'au spectateur de se laisser entraîner... ou pas. Pour ma part, je reviens d'un beau, mais terrible, voyage.

Sherlock Holmes: Jeux d'ombres



Sherlock Holmes: A Game of Shadows

De Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Noomi Rapace, Jared Harris

Holmes doit faire face à un adversaire de taille, doté d'une grande intelligence et totalement dépourvu de scrupules, qui menace l'équilibre entre les nations d'Europe. C'est la confrontation avec son célèbre ennemi: le professeur James Moriarty.





Un deuxième épisode loin d'être élémentaire?

Amorcée dans le premier opus, la présence de James Moriarty, ennemi mortel de Sherlock Holmes devient ici le centre de l'histoire. Une confrontation dotée de plus d'action, de plus d'humour et, of course, de plus d'excentricité.

Du visuel

La touche visuelle de Guy Ritchie est ici de retour. Le générique offre une belle entrée en matière, plongeant le spectateur dans une mise en abîme: l'histoire débute par un Watson qui nous relate ses aventures avec Holmes, lui-même personnage littéraire né de la plume de Sir Arthur Conan Doyle, lui-même médecin. A cela viennent s'ajouter une image avec cette luminosité qui semble illustrer les brumes recouvrant les mystères de Londres, ainsi que ces effets de ralenti utilisés pour nous montrer la réflexion de Holmes. Cela ne conviendra pas à tout le monde. Personnellement, j'adore, car le style se justifie dans le récit et n'est pas qu'un artifice esthétique.

Du charnel

Si le premier opus m'avait fait passer un bon moment (voir la critique ici sur Stekhouse), je lui avais trouvé une certaine longueur. Ici, ce n'est plus le cas. Tant mieux ou tant pis. Cela va assez vite, mais sans que l'on soit obligatoirement largué. Robert Downey Jr est toujours aussi fantasque, et cela colle parfaitement au ton que le film semble vouloir adopter.

Qu'il soit en position de force, ou totalement à la merci de son ennemi, Holmes ne semble jamais dépassé, sans pour autant paraître comme un héros invincible. Le personnage ressemble plus au chat qui retombe invariablement sur ses pattes. Je préciserai que j'apprécie davantage ce rôle que celui de Stark dans Iron Man 2 (voir la critique ici, également sur Stekhouse). Dans ce dernier, Robert Downey Jr. devient presque fatigant tellement son personnage est agité.

Jude Law n'est pas en reste et sa prestation à l'écran donne l'impression d'un beau duo, un peu à l'image de Daniel Wilde et Brett Sinclair (Amicalement Vôtre). J'espère simplement que ce n'est pas feint, contrairement à la paire composée de Tony Curtis et Roger Moore. Ce serait tellement dommage! Le professeur James Moriarty est aussi très bien incarné, même si on pourrait reprocher à Jared Harris de ne pas avoir une gueule davantage typée. Ceci dit, il offre une très bonne prestation et se montre à la hauteur de son adversaire et je dois reconnaître que son physique offre une dualité entre un physique de «professeur» et un esprit de «criminel».

Du résultat

J'ai passé un très bon moment et même si la version que j'ai vue était en français, c'est à mon avis une bonne surprise. Guy Ritchie a su monter un film qui poursuit et prolonge le premier, à tel point qu'on pourrait se laisser aller à parler de diptyque (cela nous change de la mode des trilogies). Tout est là pour que le film soit à la fois plus accessible que le premier (le rythme est plus rapide et l'action davantage en place), sans pour autant céder au produit commercial.

Le point qui m'a particulièrement séduit est la fin du film. Sans en dire trop, je soulignerai simplement que Guy Ritchie a très bien su composer entre la fin de Sherlock Homes et le happy end, sans tomber dans la grosse ficelle hollywoodienne.


Post scriptum

Je ne sais pas le succès que le film aura au final, mais la recette a donné un produit très agréable. A présent, un dilemme se pose à Guy Ritchie: faut-il en rester là, ou poursuivre avec peut-être l'adaptation (ou l'inspiration) d'un autre récit des aventures du célèbre détective? J'ajouterai encore que la musique du film est également un élément très agréable qui complète le tableau.

Rango



Rango

De Gore Verbinski
Avec Johnny Depp, Isla Fisher, Abigail Breslin, Ned Beatty

Un caméléon "domestique" en quête d'identité se retrouve par la force du destin abandonné sur une route en plein désert. C'est alors qu'il fait la découverte de la petite ville frontière de Dust. Celle-ci est en proie à une terrible pénurie d'eau et ses habitants sont désespérés. Il va alors saisir l'opportunité de donner naissance à Rango, un héro qui ambitionne de les sauver.




He's a poor lonesome lizard...


Une bouffée de fraîcheur sous le soleil et dans la poussière. Voilà ce que ce long métrage d'animation m'inspire. Si Le royaume de Ga'hoole: la légende des gardiens (Zack Snyder, 2010) m'a déçu par son manque de lecture à plusieurs niveaux, c'est ici tout le contraire. Avant d'entrer dans le détail, il convient cependant de faire une remarque dès le départ: ce film n'est pas pour les plus jeunes.


Pas d'inquiétude à avoir cependant, ce n'est pas la violence qui est en cause. A mon souvenir, personne ne meurt. Ou du moins, pas sous nos yeux. La force de ce film, c'est qu'il résonne comme un vibrant hommage au film de western, un peu à la manière d'un Impitoyable (Clint Eastwood, 1992), la morale en moins. Plusieurs poncifs du genre sont repris, que ce soit de manière intradiégétique ou extradiégétique. Ainsi, les hibous Mariachis qui ouvrent le film, les duels au soleil, le saloon, la fille héritière de la ferme paternelle que convoite un personnage influent et respectable de la ville... tous ces éléments trouvent leur place de manière harmonieuse dans la diégèse.
 
Mais là où Rango va plus loin, c'est qu'il comporte des références à d'autres films. Johnny Depp retrouve Gore Verbinski qui l'a dirigé dans les trois premiers volets de Pirates des Caraïbes (respectivement 2003, 2006 et 2007). Alors en voyant Rango, on voit un peu Jack Sparrow. La scène d'ouverture est d'ailleurs un cabotinage typique de ce personnage. Puis viennent des références plus ou moins subtiles: Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993) ou encore Fear and Loathing in Las Vegas (Terry Gilliam, 1998) avec une courte apparition de Raoul Duke et de maître Gonzo dans leur voiture. Cerise sur le gâteau, Rango va même jusqu'à rencontrer l'Esprit de l'Ouest, incarné par l'homme sans nom, une référence au rôle tenu par Clint Eastwood dans la trilogie du Dollar de Sergio Leone.
 
Au final, le film propose une histoire suffisament prenante en soi, avec des niveaux de lecture divers (la quête d'identité, notamment), une animation propre et bien réalisée, ainsi qu'une forme de mise en abîme dans le monde du Far West sur grand écran. Pour moi, cela se traduit par ces trois mots: que du bonheur!

Robin Hood


Robin des Bois

De Ridley Scott
Avec Russell Crowe, Max von Sydow, Cate Blanchett

Derrière la légende de Robin des Bois, se cache une histoire: celle de Robin Longstride, qui par la force du destin, se verra endosser l'identité de Robert Loxley, fils de Walter Loxley et défunt époux de Marianne Loxley, jusqu'à devenir hors-la-loi.


"Ca te dérangerais pas de mettre ta flèche, c'est une tradition?" A. Dupontel

Ridley Scott et Russell Crowe. Une histoire qui se cache derrière une légende. Mmmh, cela rappelle un peu  King Arthur d'Antoine Fuqua (non, pas de commentaires)... A priori, c'est plutôt intéressant. Au final, c'est un peu mitigé. Franchement, j'ai un peu de peine en une seule vision à identifier le ou les problèmes de ce film. Mais je sais une chose: la magie d'un Gladiator n'est pas réitérée. Le film n'est pas mauvais, mais il n'est pas à la hauteur de mes attentes.

Rien, à priori, ne laisserait supposer un ratage quelconque. Les acteurs sont bons, l'aspect réaliste est là, la crédibilité aussi. Peut-être que d'avoir choisi une sorte de préquelle à la légende que le cinéma a déjà passablement illustrée rend les choses plus lentes et peut-être moins passionnantes. Encore une fois, le film n'est pas mauvais, mais il me faudra le revoir pour comprendre ce qui pèche et fait que l'on n'est pas face à un chef d'œuvre.

L'arnacoeur


L'arnacoeur

De Pascal Chaumeil
Avec Vanessa Paradis, Romain Duris, Julie Ferrier, François Damiens

Alex, Mélanie et Marc ont monté une affaire plutôt originale: sous certaines conditions et à la demande d'amis, de parents ou de proches, ils brisent des couples.



Un p'tit coin de Paradis pour Romain Duris.

La bonne surprise du printemps. Dans la masse de film que produit la France (certes bien moins que les USA), de temps à autre, se trouve une perle. Le film qui met de bonne humeur, qui sait faire rire sans prononcer les mots pipi, biroute ou foufoune, et qui au final ne dérange pas s'il se termine bien, au-delà de toute vraisemblance. Vous l'aurez compris (ou pas), L'arnacoeur est de ceux-ci.

Premier argument en faveur du film: Vanessa Paradis. Elle a beau ne plus être une jeune première, elle nous montre qu'elle peut être très drôle, sans tomber dans l'humour enfantin. Elle sait tour à tour être vraisemblable, tout en ajoutant une touche qui la rend presque authentique. En bref, elle ne donne pas l'impression de jouer, mais tout simplement d'être elle. Second argument: Romain Duris. Je n'aime pas cet acteur. Je trouve qu'au contraire, il ne fait que jouer (ceux qui ont vu Arsène Lupin me comprendront). Mais là, c'est habilement inséré dans son personnage. Alex est un briseur de couple. Il joue donc un rôle en permanence. Du coup, il est un peu plus facile pour lui de séparer le rôle et son personnage.

A cela, on peut ajouter une galerie de personnages secondaires de bonne qualité et un côté Mission Impossible (la série) où rien n'est assez gros pour parvenir à ses fins. Pour tout dire, j'avais oublié de quoi parlait le film en allant le voir. Les premières minutes m'ont intrigué, tant je ne voyais où on allait nous amener. L'humour n'en est que plus renforcé. A voir impérativement!

Alice au Pays des Merveilles


Alice in Wonderland

De Tim Burton
Avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter 

Alice a 19 ans et est sur le point de se marier avec un homme qui ne l'attire pas. Soudain, elle aperçoit un lapin blanc qu'elle se décide à suivre. Elle va ainsi retourner au Pays des Merveilles où les choses ont bien changé. La reine rouge règne en effet en tyran d'une main de fer.



Alice, who the f... is Alice???

Trop d'information tue l'information. Est-ce également vrai pour l'imagination? La vision du dernier Tim Burton me laisse un goût amer dans la bouche, non pas qu'il soit mauvais, mais plutôt parce qu'il n'est pas génial. Après avoir été embarqué par diverses oeuvres tour à tour féériques, déjantées ou sombres (Edward Scissorshands, Beetlejuice ou encore Sweeny Todd), j'attendais ce retour au Pays des Merveilles avec impatience. Mais Lewis Carroll a été peut-être trop fort pour Tim Burton.

Au niveau de l'image, des costumes et même du casting, le film est réussi (ma seule réserve va à Anne Hathaway qui n'est pas extraordinaire en reine blanche, mais bon... c'est mon avis et je le partage). Les personnages informatiques sont excellents. C'est notamment le cas du Chat Fouin (Cheshire Cat), une totale réussite qui a su prendre le relai de celui dessiné par Walt Disney en 1951. Johnny Depp nous livre un chapelier toqué un peu trop raisonnable à mon goût, mais ce n'est pas si grave en soi. On trouve même les personnages du Jabberwocky (qui fera l'objet d'un poême extrait lui-même d'un des deux récits d'Alice, si ma mémoire est bonne) ainsi que celui du Bandersnatch (tiré du même texte).

Là où le film faiblit, c'est dans son histoire. Certes, tout y est illustré avec peut-être des détails de-ci de-là qui ont été ajoutés par Tim Burton (le costume du Chapelier Toqué, conçu avec Johnny Depp), mais franchement, c'est de l'ordre du détail infime. Je regrette que le film n'ait pas opté (mais bon, Disney est derrière) pour une véritable approche sombre à l'instar d'Alice par American McGee (en jeu vidéo). Alice était alors enfermée à l'asile psychiatrique en raison de ses récits de non sens et son retour au Pays des Merveilles ressemblait plus à un cauchemar. Ici, c'est peut-être trop effrayant pour les enfants, mais pas vraiment sombre non plus.

L'esthétique est au rendez-vous, mais pas l'histoire qui traîne un peu la patte. Au final, pourquoi avoir choisi de faire un retour censé nous éviter toute la partie d'apprentissage d'Alice pour de toute façon nous l'imposer à nouveau. La pauvre met les 2/3 du film à se dégourdir!!!

Et j'ai envie de pousser un coup de gueule contre ces films qui ne cessent d'avoir des scènes filmées comme pour mettre en avant la 3D. Les cavalcades à dos de chien, puis de Bandersnatch étaient-elles vraiment nécessaires? Elles ne sont pas longues, mais cassent un peu le rythme.

En conclusion, c'est une réussite certes, mais en demi-teinte. Et je ne pense pas que ce film fera partie de ma DVDThèque, à moins d'inclure les différentes versions déjà réalisées (un coffret "Alice", par exemple).

Quant à la question du Chapelier, à savoir quelle est la différence entre un corbeau et un bureau? Eh bien c'est simple, il n'y en a aucune. Sur les deux on trouve en général au moins une plume... Cette réponse n'engage que moi, bien entendu.

Gainsbourg - (vie héroïque)


Gainsbourg - (vie héroïque)

De Joan Sfar
Avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta



L'histoire plus ou moins réelle de Lucien Ginsburg, qui petit à petit deviendra Serge Gainsbourg, puis Gainsbarre, et qui rencontrera tour à tour Julietter Gréco, France Gall, Brigitte Bardot, Jane Birkin et Bambou.



La vie de Serge Gainsbourg sans aucun Sfard...

Gainsbourg, on aime ou on n'aime pas. Personnellement, je ne suis pas un grand fan de ses titres. Petit, je trouvais qu'il chantait mal, que l'on ne comprenait pas ce qu'il disait... Et de plus, j'avais pour image Gainsbarre, sans vraiment connaître la période Gainsbourg. En sortant de ce film, j'ai le sentiment d'être plus ouvert et d'apprécier davantage l'artiste, lui pardonnant alors sa tenue débridée.


Ce film est extrêmement bien réalisé, loin des paillettes et des vapeurs d'encens que dégageaient La Môme (Olivier Dahan, 2007)... On nage parfois à la limite de l'onirisme avec ce «Sale gueule» qui accompagne Lucien tout au long de son existence. C'est d'ailleurs la force du film: avoir su incorporer le totem de l'artiste... comme le chat de Juliette Gréco ou le loup dont parle Boris Vian. Car ça aussi je l'ignorai... Serge Gainsbourg a fréquenté des pointures... Du coup, je comprends mieux sa verve géniale (ne cherchez pas, il n'y a pas de contrepèterie).

Le jeu d'acteur est merveilleux, que ce soit celui de Lucien, celui de Serge ou de Gainsbarre. Les femmes sont à l'honneur avec une sélection de grandes pointures... Pas une ne fait de l'ombre à l'autre, mais toutes sont resplendissantes. Ce qui est amusant et à la fois très fort d'un réalisateur comme Sfar, c'est qu'on a le sentiment que le film ne parle que de Serge Gainsbourg et de ses conquêtes. Pourtant, la vie alentour nous apparaît (que ce soit au travers des parents ou d'autres personnages).


Enfin la musique, les chansons... elles sont présentées parfois au travers de «simples» exécutions au piano... Et là, la richesse, la mélodie et la splendeur des titres comme «Je t'aime, moi non plus», «Le poinçonneur des lilas» ou encore «Comic strip» prennent toute leur dimension.

Un très beau film à voir impérativement.

Invictus


Invictus

De Clint Eastwood
Avec Morgan Freeman, Matt Damon, Bonnie Mbuli, Scott Eastwood

Après sa libération, Nelson Mandela est élu à la tête de l’Afrique du Sud. Il va miser sur l’équipe nationale de rugby pour cimenter l’identité du pays et pour réunir le peuple derrière ce symbole, une seule solution: remporter la coupe du monde de 1995.





Les mandales de Nelson Mandela

On pourra dire ce que l’on veut, énumérer les anachronismes, la mise en scène de certains événements (le passage de l'avion au-dessus du stade est authentique, mais c'était très certainement "programmé" et annoncé, car un pilote de ligne ne s'amuserait pas à faire un rase-motte à 300 mètres du sol par surprise, même avant le 11 septembre 2001) ou les incohérences au niveau du jeu en lui-même… C’est une magnifique leçon de vie que cet Invictus. Ce qui ne me tue pas me rend plus fort aurait dit Nietzsche. Voilà une belle illustration de la force tranquille de Nelson Mandela, ou Madiba de son nom de tribu.


Alors c’est certain, il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre au sens premier du terme. Mais c’est un excellent film de Clint Eastwood, qui montre à quel point il est capable de filmer intelligemment (les plans sont clairs et tout mouvement de caméra a un sens), de choisir que montrer sans se perdre dans des divagations, et d’aller à l’essentiel. Vous n’aimez pas le rugby? Qu’importe, c’est en toile de fond. Vous n’aimez pas les films sur le racisme car vous les trouvez trop durs? Certes, le passage de l’équipe sur les restes de Robben Island pourront se montrer légèrement plus sombre que le reste du film, mais franchement, il n’y a que du positif. Attention, on ne se retrouve pas pour autant dans un film à la Disney.

Que dire des acteurs? Morgan Freeman (un comble de s'appeler Freeman - homme libre - pour jouer Nelson Mandela), Matt Damon, Bonnie Mbuli... tous sont excellents et nous livrent une interprétation qui sonne juste.


Ce que je retiens d’Invictus, c’est l’illustration d’un message de paix, à cent lieues d’un Gran Torino. A tout prendre, cela pourrait en être la continuité, tant la voie choisie par Nelson Mandela est celle que Walt Kowalski n’aura pas su totalement prendre.


Une belle musique, de belles images qui ne tombent pas entièrement dans le cliché, et une problématique dont il est difficile d’avoir une vue lorsque l’on n’a (heureusement) pas vécu dans un déchirement pareil à celui de l’Apartheid. Longue vie à Nelson Mandela, longue vie à Madiba. Et que règne le pardon – Amen.

Le Concert


Le Concert

De Radu Mihaileanu
Avec Alexei Guskov, Dimitri Nazarov, Mélanie Laurent, Valeri Barinov 

Andreï Filipov est un maître d'orchestre d'exception. Déchu pour avoir désobéi à Brejnev, il est aujourd'hui nettoyeur. Un jour, il intercepte par hasard une invitation pour le Bolchoï à Paris. Son idée: reformer un orchestre et s'y rendre à la place de la prestigieuse formation. 




On ne mélange par les torchons et les Soviets...

Ce film vous fera du bien... si, si, croyez-moi. Oh, bien sûr, il est loin d'être parfait. Entre grosses ficelles et clichés aussi fins que l'humour de Jean-Marie Bigard... Mais allez le voir ou louez-le. C'est un de ces trop rares films qui, à l'instar d'un Fauteuils d'orchestre (Danièle Thompson, 2005) nous offre à la fois un florilège de personnages, avec des émotions, le tout dans un décor crédible. Même si, je me répète, les caricatures sont ici assez grossières...

Dans les défauts qui fâchent (si je puis dire), je relève un certain bazar qui règne dès le moment où l'orchestre est à Paris. On nage en plein délire, mais bon, c'est aussi un cliché de la vie à la Russe où le système C (comme Communisme ou débrouille-toi comme tu le peux, camarade!), antérieur au système D, prévaut. J'ai une image en tête: si vous êtes déjà allés écouter un concert classique (ne vous en faites pas, ce n'est pas une maladie), vous avez peut-être déjà remarqué qu'avant que le tout commence, il règne une douce cacophonie... Eh bien, c'est pareil pour ce film.

Dans les points forts, les acteurs principaux sont excellents. François Berléand vole en électron libre, Mélanie Laurent est magnifique (très douée pour fondre en larme, et du coup pour émouvoir), Miou Miou est merveilleuse, et quant au duo Alexei Guskov et Dimitri Nazarov, ils sont très bons, avec un ton juste. Certains clins-d'oeil (le Parti Communiste français, le fameux système D, enfin C, à la Russe, la puissance de l'argent et du paraître en Russie...) sont drôles et viennent temporiser une histoire que l'on soupçonne (avec un petit piège) en toile de fond.

Peut-être pas aussi réaliste qu'un Good Bye, Lenin! (Wolfgang Becker, 2003), le film n'en est que moins lourd... l'humour rendant peut-être ainsi le sujet plus accessible. Ah, et j'oubliais presque un acteur de choix: la musique de Tchaïkovski...  En guise de conclusion, je citerai Thimotée Girardin, qui a su à mon sens, résumer le film en le liant à cette musique tellement forte:
Bref, même si les défauts abondent à un débit de centrale hydraulique, on est tout surpris de se surprendre à rire. Puis à frissonner, mais ça c'est l'effet Tchaïkovski.

Pour voir l'entier de la publication sur son blog, voir ici.

Avatar


Avatar (James Cameron's Avatar)

De James Cameron
Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver
Jake Sully est un marine handicapé. Parce que son génome est presque identique à celui de son frère décédé, il est envoyé sur Pandora, une planète lointaine. Il va se voir confier une mission d'infiltration visant à délocaliser une population indigène, les Na'vi. Mais son apprentissage va changer sa vision des choses. 


Le grand bleu sur une planète verte

James Cameron a réinventé la roue. C'est un peu le sentiment que j'ai ici. Sauf qu'il l'a faite en mieux, en plus rond. Trêve de plaisanterie, vous trouverez mon avis sur ce film sur Stekhouse. En bref: visuellement le film est une merveille de technologie. Au niveau de l'histoire, cela pèche un brin, d'une part parce que l'histoire n'est de loin pas nouvelle, et d'autre part parce qu'il a fallu prendre des raccourcis pour faire tenir le tout dans «seulement» 2h40 de film. Une trilogie aurait-elle été préférable?

L'aspect que je souhaite développer ici touche à quelques questions que le film soulève. Premièrement, l'image de synthèse est ici à son apogée du moment (on rigolera bien de moi lorsque la génération en devenir lira ceci dans quelques années). Le lien entre anime/manga et film «live» est ici aboli. Montagnes flottantes, décors de bande-dessinée... tout y est, et ça bouge! James est un grand rêveur et là, il s'est lâché. Du côté des personnages aussi la réalisation est bluffante. Colère, chagrin, amour... tout donne lieu à des animations faciales extraordinaires.

Les avatars, ces grands êtres bleus "pilotés" par des humains, sont selon le scénario, créés à l'image de leur pilote. Dès lors, l'avatar de Sigourney Weaver lui ressemble et il est facile de la reconnaître. C'est là que je m'interroge. Verra-t-on un jour une réalisation avec des acteurs virtuels? Un Johnny Depp réel qui a coûté une fortune pour tourner Pirates des Caraïbes IV se verra-t-il remplacé par un Johnny Depp virtuel pour Pirates des Caraïbes V? Car une fois les logiciels développés, les coûts vont petit à petit baisser. Les images de synthèse d'il y a vingt ans sont aujourd'hui à la portée du moindre réalisateur de bis un tant soit tu démerde (quitte à ne pas payer ses acteurs du tout).

L'autre question qui me vient à l'esprit: quelle sera la prochaine étape? Ici, on a visiblement passé un cap. En 1993, j'étais convaincu d'avoir vu des dinosaures vivants... Aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir vu une nouvelle planète qui existe. Allez le voir, c'est réellement bluffant!

Troisième question: pourquoi faut-il toujours que cela pèche quelque part? L'histoire est terriblement banale en regard de l'avancée technologique. J.C. n'avait-il plus de budget pour un scénariste? J'exagère un poil, parce que ce n'est pas mauvais, mais franchement... c'est comme faire un plat très sophistiqué et raffiné avec des röstis Hero! Surtout que l'aspect manichéen de l'histoire est ici très grossier. Sans compter quelques aberrations sympathiques.

Dernière question, pour le moment, qu'apporte la 3d? Je tâcherai d'y répondre, car je compte aller voir le film en 3d. Mais a priori, je n'ai pas eu l'impression d'être limité en 2d., tant l'aspect visuel est extraordinaire... Se trouve-t-on donc face à un simple gadget purement mercantile? Seul l'avenir nous le dira.

Inglorious Basterds


Inglorious Basterds 

De Quentin Tarantino
Avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz, Diane Kruger

Dans une France uchronique occupée par les Nazis, un commando de choc se donne pour mission de tuer un maximum de Nazis. Parallèlement, une juive ayant survécu au massacre de sa famille cherche à se venger.



In Glorious We Trust...

Quentin Tarantino est de retour et il tient à le faire savoir. En s'attaquant à un sujet aussi brûlant -principalement sous nos latitudes- que la Seconde Guerre mondiale, il allait certainement faire des mécontents. Et pourtant, tout en revisitant cette période, il offre peut-être la vision la plus objective que le cinéma ait pu nous donner.

Le film dispose d'une structure où deux histoires vont évoluer en parallèle avant de se croiser. Mais dans une certaine mesure, on est presque face à deux films qui se rencontrent: d'une part les «Basterds» et leur commandant yankee incarné par Brad Pitt pour la partie humour noir, de l'autre Shosanna incarnée par Mélanie Laurent (superbe!) dans une partie plus dure.

Au milieu, des Nazis, mais pas n'importe lesquels. Bien loin des Nazis caricaturaux d'Indiana Jones, on a à faire ici à des humains, certains avec de vraies «gueules», mais des humains avant tout. Ainsi, même le colonel Hans Landa (Christoph Waltz) n'adhère pas à l'idéologie nazie. Il ne fait que faire son travail du mieux qu'il peut.

Au final, l'histoire est aussi bluffante que celle d'un Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994). Mais ce qui est le plus remarquable, c'est qu'à aucun moment le film ne verse dans le grotesque. Bien entendu, certains seront choqués, d'autres amusés, mais au final, je crois que Quentin Tarantino a su trouver le ton juste, avec des personnages «juste à point». Et bien entendu, que dire du cinéma qui occupe une place plus que centrale dans ce film... avec un niveau de symbolisme des plus profonds (le cinéma permet de réécrire l'histoire, au propre, comme au figuré)!

Antichrist


Antichrist

De Lars von Trier
Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe

Suite à la mort accidentelle de leur enfant, un couple doit traverser l'épreuve du deuil.





Au secours, Satan m'habite...

Voilà un film qui aura su faire couler de l'encre. Décrié, méprisé, conspué par une ribambelle de journalistes et critiques bien-pensants, c'est pourtant bien un vrai film. Je vais essayer d'en parler sans pour autant tomber dans le piège inverse, soit louer le film à outrance en espérant ainsi passer pour un intellectuel élitiste.

Le squelette. La structure du film se fait en chapitres. Prologue, chapitres 1 à 4 et épilogue. Le rapprochement est peut-être trop facile, mais on n'est pas loin de la construction classique d'un drame en cinq actes. L'autre élément frappant, c'est qu'à l'exception de deux scènes, les seuls acteurs sont Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg (trois si l'on compte l'enfant). L'introduction de chaque nouveau chapitre, de même que le titre et le générique de fin se font via des inserts, un peu comme pour les films muets. Le tout accompagné d'une musique étouffante et très «lourde».

L'affreuse beauté. Le prologue et l'épilogue se déroulent en noir/blanc dans un ralenti quasi-onirique (ou cauchemardesque, c'est selon). Personnellement, j'appellerai cela les visions de l'esprit ou de la mémoire. Dans le prologue, l'accident nous est raconté: alors que le couple est en plein coït (attention: l'imagerie est crue et les organes sexuels visibles). C'est ce qui déclenchera tout le processus des chapitres suivants. La force de ce film aux images définitivement choc, c'est de mêler mythologie de l'auteur (les trois mendiants seraient une invention de Lars von Trier?), photographie parfois à la limite de l'imagerie d'Épinal, et une part de réalisme qui ne peut que parler au spectateur, dans la mesure où les deux parcours (celui de Charlotte Gainsbourg et celui de Willem Dafoe) sont totalement crédibles, bien que extrêmes.

Le fantastique. En dehors de son titre pouvant faire penser à La Malédiction de Richard Donner (The Omen, 1976), le film comporte une aura fantastique qui n'est pas sans rappeler des films comme Rosemary's Baby (1968) de Roman Polanski ou encore L'Exorciste de William Friedkin (The Exorcist, 1974). Pourtant les éléments «surnaturels» sont peu nombreux: le renard qui parle avec sa réplique «Chaos reigns!», les animaux représentant les trois mendiants et le corbeau, les corps «perdus» dans la nature. Deux autres éléments appartenant davantage au genre «horreur» s'ajoutent à la recette avec la scène de la meule, où l'on s'approche d'un Saw de James Wan (2004) ou d'un Hostel d'Eli Roth (2005), et l'auto excision du personnage de Charlotte Gainsbourg.

Ce dernier point me conduit à aborder le côté choquant du film. Est-ce que Lars von Trier a voulu choquer gratuitement? Sincèrement, je ne crois pas. Alors oui, je dois avouer que j'ai été très surpris de certaines scènes (gros plan sur le coït, la masturbation de Charlotte, l'éjaculation sanglante de Willem Dafoe, la meule...), mais dans une certaine manière, cela reste cohérent. Le film parle véritablement d'une descente aux enfers d'un couple, où l'un comme l'autre chutent dans la folie.

Quant à l'accusation de misogynie formulée à l'encontre de Lars von Trier, ce sont clairement des critiques qui n'ont pas regardé le film. Personne n'a le beau rôle dans cette histoire et Willem Dafoe est encore plus détestable, plus lâche, quand il se réfugie dans son rôle de thérapeute. Au final, il ne fait montre de ses sentiments que lors du convoi funèbre dans le premier chapitre. A l'instar de l'information, trop de raison tue la raison.

En conclusion, c'est un film qui a déjà fait naître le débat. Comme cela a déjà été dit par d'autres, il vaut la peine d'être défendu et d'être vu. Cependant, il faut aussi reconnaître que ce n'est pas un film tout public, car il requiert une ouverture d'esprit, une sensibilité et une capacité de réflexion... Cela faisait quelques temps déjà que je n'avais pas eu l'impression d'avoir assisté à un film où il y avait beaucoup plus que des images et du son...

Ennemis publics


Public Ennemies


De Michael Mann
Avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard

Splendeur et décadence de John Dillinger, l'un des derniers grands bandits des États-Unis.



Incorruptible c'est bien, deux c'est trop.

Électrocardiogramme plat, on a perdu le patient... et Michael Mann perd le spectateur. Que voilà un film mou et vide. Ce qui est surprenant, c'est que le casting complet - à deux exceptions près - semble frappé par ce néant. Si l'on raillait Nicolas Cage en l'appelant «l'homme au un visage», Christian Bale pourra sans autre endosser le rôle d'un nouveau super-héros: «void man». Marion Cottillard est tellement fade qu'elle peut sans problèmes être remplacée par une autre. Quant aux autres acteurs, ils sont touchés par une froideur involontaire qui n'a d'égale que l'esthétique du film

Personnellement, j'ai eu tout d'abord un certain plaisir à constater que le film démarre avec un ton et une image qui s'approche du documentaire. Pour une fois, les sons de fusillades semblent beaucoup plus réalistes. C'est bien simple: j'ai eu l'impression de me trouver non loin d'un stand de tir! Hélas, très vite on remarque des éléments qui viennent ternir le film. A l'instar de cet otage que Dillinger tient en bouclier: alors que le brigand tire avec sa mitrailleuse par-dessus l'épaule de l'otage, ce dernier ne semble en rien incommodé par le bruit...

Et si l'on en croit le site de The Internet Movie Database (Imdb pour les intimes), les anachronismes, mauvais raccords et autres erreurs sont légions!

Mais le plus frustrant, et je sais que je ne suis pas le seul à partager ce point de vue, c'est que le film ne fait qu'effleurer de nombreuses questions soulevées: que penser des méthodes préconisées par J. Edgar Hoover pour le FBI? Surtout si l'on met cela en parallèle à la récente polémique sur les méthodes de travail de la CIA... Et pourquoi le personnage de Purvis (Christian Bale) est-il si plat? Quid de ses interrogations? La petite phrase sur son suicide près de 30 ans après sa démission n'a aucun sens réel... (démission en 1934 et mort en 1960!!!). Et que penser de l'arrivée du crime organisé face au grand banditisme, ce qui forcera la police à revoir sa façon de travailler?

Le seul personnage qui tire son épingle du jeu est, et c'est un constat sans surprise, John Dillinger (Johnny Depp) qui bénéficie d'une scène extraordinaire et presque surréaliste (la visite au commissariat de Chicago), et d'une certaine forme de mise en abîme avec le film «Mahattan Melodrama» (Woodbrige Strong Van Dyke II, 1934) avec un Clark Gable qui joue le même rôle d'ennemi public numéro 1. Sinon, quel dommage et quel ratage!

On passe au final à côté de ce qui aurait pu être une grande histoire pour se retrouver avec un patchwork hétéroclite de faits plus ou moins historiques. Pour terminer sur un point positif, on appréciera le fait que pour une fois, il est impossible de sympathiser pour l'un ou l'autre des héros de l'histoire. Purvis est tellement vide et plat qu'il n'est pas sympathique, et Dillinger est bien trop insouciant pour que l'on s'imagine un instant qu'il s'en sorte indemne.

L'âge de glace 3: le temps des dinosaures


Ice Age 3: Dawn of the Dinosaurs

De Carlos Saldanha
Avec (vf) Gérard Lanvin, Vincent Cassel, Elie Semoun, Christophe Dechavanne


Voici à nouveau nos trois compères, Manny le mammouth, Diego le tigre aux dents de sabre et Sid le paresseux. Les temps ont changés et Manny s'apprête à fonder une famille avec Ellie qui est enceinte. Mais une maladresse de Sid va propulser nos amis dans un monde souterrain où vivent les dinosaures.




Un film qui jette un froid?

Troisième opus de la série, ce volet n'est pourtant à mon goût pas aussi merveilleux que les critiques ont bien voulu le montrer. Une histoire un peu trop simpliste (pour ne pas dire simplette), des clichés en veux-tu en voilà sur les futurs pères et les futures mères, l'arrivée d'un enfant dans un cercle d'amis... Seul le personnage de Crash me paraît vraiment intéressant dans cette jungle.

Les gags mettant en scène Scrat et Scratina sont, comment dire, quelque peu irritants au bout du troisième. Cela ressemble presque à du déchet qui n'avait pas pu être inséré dans les précédents. Seule exception: la chanson du Gland adressée à Scrat. Quant au reste, c'est bien, mais rien de bien nouveau sous la banquise. La licence arriverait-elle à bout de souffle?


A noter que Stek et Mark, deux auteurs du blog Stekhouse, ont une vision différente. Pour lire leurs critiques respectives, c'est par ici.

N.B.: je n'ai pas (encore) vu le film en version 3D... Mais a priori, je ne vois pas vraiment l'intérêt...

Harry Potter et le prince de sang-mêlé



Harry Potter and the Half-Blood Prince

De David Yates
Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Michael Gambon

Sixième année à Poudelard pour Harry Potter et ses amis. Mais rien ne sera plus comme avant, car les Mangemorts sont de plus en plus actifs. Harry aura à découvrir le secret de Tom Jedusor tout en découvrant peu à peu l'amour.



Harry, dis-moi oui, chéri...

Incendié par les critiques de la presse quotidienne (moyenne oscillant entre 2/4 pour ceux qui ont aimé et le plus mauvais pour les autres, ce film est pourtant l'adaptation la plus correcte qu'il m'ait été donné de voir. Certes, il manque toujours de la matière par rapport au livre, mais dans l'ensemble, on sent que l'on se trouve dans une période de transition (à tous les niveaux) qui va mener à l'opus final (qui à l'écran devrait être divisé en deux films).
Les effets spéciaux, l'esthétique filmique, mais également les acteurs s'en sortent très bien. Alors bien sûr, l'histoire semble traîner en longueur. Mais n'oublions pas que c'est un livre qui est adapté. Les découvertes du passé de Tom Jedusor sont très bien mises en scène avec cet effet de brouillard. C'est le livre qui m'avait réconcilié avec la série après un cinquième frustrant et rempli d'un mal être que j'avais partagé avec le personnage d'Harry.

Une mention pour Alan Rickman que j'adore vraiment et pour Helena Bonham Carter (Madame Tim Burton), qui est vraiment parfaite dans le rôle de Béatrix Lestrange.

Seul reproche: si vous connaissez l'histoire parce que vous avez déjà lu le livre, vous perdez une partie du charme. Mais bon, si l'on aime la série, cela ne devrait pas tellement poser de problèmes...

Terminator Renaissance



Terminator Salvation

De McG
Avec Christian Bale, Sam Worthington, Anton Yelchin, Bryce Dallas Howard

Dans un futur proche, les hommes sont forcés à entrer en guerre contre les machines, dirigées par le puissant ordinateur Skynet.



Terminator et le tort tue.

Voici donc l'opus tant attendu (?) et dirigé par McG... Trois lettres dont la réputation a fait trembler plus d'un fan sur la planète Web. Qu'en est-il vraiment? Le film répond-ils aux attentes des spectateurs, qu'ils soient fans de la première heure ou nouveaux venus? Réponse bretonne de rigueur: oui et non.

Oui, c'est un film d'action qui déménage, avec son lot d'absurdités habituelles (sans compter un énorme paradoxe temporel trimballé depuis le premier opus... oui, le fils qui envoie son père dans le passé... ça, y avait pas plus tordu). Ça on peut le dire, quand ça bouge, ça bouge! Oui, les effets spéciaux sont très bons. De quoi faire sincèrement croire que Transformers: Revenge Of The Fallen (2009) ne sera qu'un Walt Disney. Oui, l'aspect froid et métallique de l'esthétique confèrent au film un goût amer, probablement ce que devraient ressentir les humains dans pareille situation.

Mais tout n'est pas rose au pays des machines. Si l'on passe sur les nombreuse incongruités, il faut savoir qu'on aura droit à un peu d'eau de rose, à une morale à 1 franc 20 (le cours du dollars US?), bref, un film que nous qualifions volontiers de «film pour les américains». Sous-entendu qu'ils ont besoin que tout leur soit expliqué et qu'il ne faut laisser aucune possibilité de réflexion. Non, non, non, ma bonne dame. On ne fait pas payer le client pour qu'il ait autre chose en tête que le popcorn beurré qu'il mâche.

Qu'en est-il du film dans la série? Bon, McG l'a dit (plus ou moins en ces termes): le troisième était une bouse, on n'en tiendra pas compte. Franchement, j'ai bien aimé Rise Of The Machines (2003). Une bonne conclusion me disais-je naïvement à l'époque. Salvation ne dérange pas et ne donne pas l'impression de faire de l'ombre au reste. Il n'y a juste aucune allusion au séjour dans l'abri antiatomique, ni même aux galipettes qui ont conduit la compagne de John à être maman porteuse (bébé aura-t-il un rôle dans les épisodes 5 ou 6?).

Le truc sympa qui lie les films de Cameron à celui de McG, ce sont des clins d'oeil (ou des coups de maglite dans les yeux, tellement ils sont gros) au travers de phrases comme: «Viens avec moi si tu veux vivre» ou «Je reviendrai». On retrouve aussi les cassettes enregistrées par Sarah Connor à l'attention de se bambin chéri. Un poil plus fin: pour attirer les robots, John met en marche un vieux poste de radio qui crache You could be mine de Guns N Roses... Un des T-800, d'abord sosie de Gouvernator puis réduit à l'état de squelette de métal, se mange une bolée de métal en fusion avant d'être gelé. Le tout faisant bien entendu référence à Terminator 2: Judgement Day (1991).

Mais cela suffit-il à en faire un Terminator au sens premier du terme (comprenez: digne ou équivalent aux premiers)? Pas vraiment. Plus j'y repense et plus je me dis que le monde du futur esquissé par Cameron dans le premier opus était plus sombre (normal, il y faisait nuit). Bon, en même temps il était difficile d'expliquer une nuit perpétuelle provoquée par Skynet. Mais c'est vrai que de jour, c'est moins terrifiant. Pour tout dire, j'ai presque plus l'impression d'avoir vu à l'écran un film basé sur Half-Life 2 (le jeu de Valve sur PC). La comparaison du robot géant avec les «striders» du jeu m'est vite venue à l'esprit.

En conclusion, c'est un bon film d'action, avec ses défauts qui l'empêchent d'être un super film d'action. Mais la bande-son (au cinéma) donne toute sa puissance avec des basses qui font presque peur. Pas de cri de la part des machines, mais un bourdonnement effrayant. Après, l'enrobage du film faiblit et il ne faut pas trop creuser sous peine de voir le tout s'effondrer.

Anges et Démons



Angels & Demons

De Ron Howard
Avec Tom Hanks, Ewan McGregor, Ayelet Zurer

Robert Langdon, professeur d’Histoire féru de symboles, se retrouve entraîné dans une course poursuite dans laquelle les Illuminati semblent vouloir mettre un terme à l’église catholique en frappant ce qu’elle a de plus cher, symboliquement parlant: le Vatican.


Grâce au test de la croix, on sait à présent que Jésus était astigmate (Maëster).

On retrouve le professeur Robert Langdon dans l’aventure qui précède le Da Vinci Code. Directement adapté du roman éponyme de Dan Brown, le film ne réserve aucune surprise. La transcription paraît bonne – du moins pour le souvenir de lecture que j’en ai – et les acteurs se révèlent aussi bons que dans le Da Vinci Code, également tourné par Ron Howard. Il semblerait toutefois que le film soit un peu mieux construit, ne donnant ici pas l’impression d’un manque. En effet, il aura fallu attendre la version longue du Da Vinci Code pour avoir un film relativement «complet». Hormis quelques libertés au début de l’histoire, tout est relativement bien retranscrit.

Côté esthétique, j’ai pour la première fois l’impression de me retrouver devant un film «lisse». Pas de plans particuliers, rien d’audacieux… au contraire, je ressens presque un sentiment de régression. Je pense que Garrett Brown et Stanley Kubrick (respectivement l’inventeur et le perfectionneur du steadicam) doivent tous deux faire de belles dynamos à force de se retourner dans leur tombe… Pourquoi Dieu – tiens, au fait, où est-il dans ce film – faut-il s’acharner à utiliser le style «caméra sur l’épaule» dans toutes les scènes d’action d’aujourd’hui? Surtout quand cela n’apporte rien… Enfin, c’est mon avis et je le partage.

Au final, on obtient donc un vrai film «100% pure consommation», soit rien de désagréable en soi, si ce n’est que dès le moment ou vous avez lu le livre… vous constaterez que l’histoire, bien que très prenante, ne mérite peut-être pas plusieurs relectures. Un peu comme l’Histoire tout court, d’ailleurs.

Les gardiens


Watchmen

De Zack Snyder
Avec Jackie Earl Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Matthew Goode
Dans un 1985 uchronique où la guerre froide est plus que jamais un sujet brûlant d'actualité, le Comédien, un ancien superhéros retiré, est assassiné. Ses anciens compagnons d'armes - le Hibou, le Spectre Soyeux, le docteur Manhattan, Ozymandias et Rorschach - sont contraints de faire face à un tueur qui, visiblement, en veut aux Watchmen.



Un film héro-tique?

Je ne m'étendrai pas trop sur la source du film, je pense que de nombreux sites et professionnels de la critique s'y sont frottés. Pour autant, je ne l'ignorerai pas et je vais m'y référer un tant soit peu.

Tout d'abord, afin de me situer parmi les spectateurs potentiels de ce film, disons que ma connaissance du sujet approchait de très près les -273,15 °C. Je dois avouer que j'ai cru, en découvrant la bande-annonce, que l'on retrouvait dans le film Batman et Iron Man (Le Comédien avait une tête à la Robert Downey Jr). D'ailleurs, petite anecdote, en découvrant la bande dessinée, je constate que l'on retrouve également du Captain America dans le costume du même Comédien.

Niveau super-héros, je n'ai pas de connaissances particulières. J'apprécie beaucoup les deux Batman de Tim Burton, ceux de Christopher Nolan et le Iron Man de Jon Favreau. Superman ne m'a jamais vraiment épaté, mais j'aime en revanche bien les X-Men (et pas que les deux de Bryan Singer). Les Fantastic Four sont une bonne idée, mais leur portage à l'écran n'est, je dois l'admettre pas très convaincant. Quant à Spiderman, c'est du bon, mais le personnage de Peter Parker m'irrite.

C'est donc innocent et vierge de tout a priori que j'ai abordé le film. Inutile de préciser que j'ignorais alors également tout de la BD.

En ressortant, j'ai eu beaucoup de peine à me prononcer sur ce film. En général, c'est qu'il y a, pour reprendre une expression anglophone que j'affectionne, more than meets the eye. Puis, je me suis mis à lire la BD. En découvrant peu à peu la critique d'une de mes sources favorites (Krinein.com, par exemple), j'ai commencé à comprendre ce qui provoquait cet état: le scénario - la bande-dessinée - est excellent et soulève une pléthore de questions. Le film est une très bonne copie de la bande-dessinée. Si 4 est la perfection (choix arbitraire) 1+2=... Il manque quelque chose au film une esthétique propre à Zack Snyder.

En effet, le film est bon, mais il n'est que le reflet de la bande-dessinée. Il lui manque donc de s'approprier l'écran au travers d'une esthétique, à la manière de ce qui avait été fait pour 300. Dans ce film, pas besoin de connaître la BD. L'esthétique cinématographique vaut à elle seule le film (bon, c'est en tout cas mon opinion). Dans le cas de Watchmen, on a un film sage et lisse... Mais où est le côté «sale» du dessin, ce côté «vieilles couleurs»? Quentin Tarantino a su donner à Pulp Fiction ce côté «roman d'occasion» écrit sur un papier jauni. Il manque à Watchmen sa justification à l'écran.

Pour autant, le film n'est pas mauvais. Les 2h40 du film s'avalent sans trop de problèmes et collent à la BD, pratiquement plan par plan dans certains cas. En revanche, le choix des acteurs est inégal. Tandis qu'Ozymandias/Veid est un peu fade, de même que Dreiberg/le Hibou, Rorschach est excellent et le Spectre Soyeux II se défend bien. Le Dr Manhattan n'est pas mal non plus. C'est un film que je reverrai avec beaucoup d'intérêt lors de sa sortie en DVD.


Gran Torino


Gran Torino

De Clint Eastwood
Avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Christopher Carley

Walt Kowalski vient d'enterrer son épouse. C'est un ancien de la guerre de Corée, peu sociable avec les étrangers, encore moins avec ses voisins viêtnamiens. Un jour pourtant, il devient malgré lui leur héros, en écartant les jeunes membres d'un gang. Un geste qui va changer le reste de sa vie.





Monsieur 100'000 Walts

Est-ce un bon Clint Eastwood? Quelque part, je ne m'en soucie que très peu. J'ai pris un énorme plaisir devant ce film, et c'est ce qui compte. Certes, il est peut-être moins difficile à aborder que d'autres œuvres telles que Midnight in the Garden of Good and Evil (1998) ou Unforgiven (1992), peut-être plus «grand public» - une formule que les critiques parfois pédants affectionnent et emploient pour qualifier un film comme étant «pas vraiment intellectuel parce que le message est très facile à comprendre»...

Pourtant, le résultat est là. Harry's back. Ou plutôt, l'inspecteur Harry est en retraite, ne le faites pas ch... Mais au-delà de la parenté apparente (si, si, ça doit pouvoir se dire) entre Walt Kowalski et Harry Callahan, il y a une profondeur de personnage... à la Clint Eastwood. Une réflexion sur le monde d'aujourd'hui. Et le plus fort, c'est que ce message que certains diraient être «le regard d'un vieux con» est d'une justesse incroyable. Et même si le sujet pouvait être casse-gueule à souhait, avec le risque de se trouver dans un conte à la Walt Disney (un autre Walt), ce film est de la dynamite à 100000 Walts (pardon, je n’ai pas pu m'en empêcher).

On y trouve de tout: du racisme facile avec des insultes type «face de nem» ou «rebut de rizière» mais très vite balancé par le racisme inversé avec des remarques type «sale blanc» ou «cul laiteux», puis le racisme entre races victimes du racisme, ou encore le racisme amical entre Walt le «polak» et Martin le «rital»...

Et la religion trouve une place admirable dans ce petit monde sur le point d'exploser. Le personnage du père Janovich (en fin de compte, je ne sais pas s'il y a un seul «américain de pure souche» dans ce film), incarné par Christopher Carley est une pure merveille. Moi qui suis plutôt à penser comme Walt Kowalski, je dois dire qu'il m'a bluffé et qu'il est admirable face à un personnage comme celui qu'incarne Clint Eastwood!

En résumé, ce film est une variante, une mise à jour, une amélioration d'un film comme La Haine (1995), ou encore American History X (Tony Kaye, 1999). Sans se focaliser sur le problème du racisme - le sujet est beaucoup plus vaste et touche à la société d'aujourd'hui qui se trouve presque dans une guerre perpétuelle -, Gran Torino appelle à la même réflexion: Tendre l'autre joue, ou appliquer la loi du Talion?